L’artiste azerbaïdjanais Faig Ahmed transporte l’art ancestral de la tapisserie dans le XXIe siècle. Il se consacre à l'exploration des différentes techniques artisanales afin de mieux altérer ensuite. C'est un curieux mélange entre réel et bugs numériques ou graphiques — les fameux glitch. Pourtant, tout ce que vous allez découvrir est bien réel. Toutes ses œuvres sont tissées à la main.
Faig Ahmed, un artiste à la croisée des mondes
Le designer est né en 1982 à Sumqayit, en Azerbaijan. Après avoir obtenu son diplôme de sculpture à l’Académie des Beaux-Arts d’Azerbaïdjan, Faig Ahmed explorer différentes techniques. Parmi elles, on trouve la peinture, la vidéo et l’installation.
Il se tourne vers le tissage de tapis selon les techniques ancestrales de son pays. Son objectif est simple : renouveler ces "savoir-faire" et les remettre à la lumière de notre époque.
Le maintien des traditions : une question délicate
"La tradition est garante de l’identité d’une région. Il me semble que cela peut aussi être un outil inutile. La tradition orientale est très forte. Elle est d’une grande richesse et en même temps assez pesante sur la durée. Elle est un peu trop encombrante pour être perpétuée encore et encore" explique-t-il.
Il cherche à détourner les traditions locales emblématiques en offrant une nouvelle interprétation de l’art de la tapisserie, l'un des symboles les plus emblématiques de sa région. Faig Ahmed a choisi de se concentrer sur les tapis car à ses yeux, "même le changement le plus léger dans la conception de ces pièces a un impact très important sur les personnes qui l’utilisent chaque jour de leur vie".
Quel est le process de travail de l'artiste Faig Ahmed ?
Le travail commence par une esquisse sur ordinateur avec Photoshop. Il la transfère ensuite manuellement sur un papier particulier. Ses croquis sont confiés à des fabricants de tapis du village de Bakou, tisserands de génération en génération. Ils réalisent tous les tapis à la main avec des matières naturelles, en laine ou en soie, teintes dans des pigments naturels.
Faig Ahmed s’appuie sur l’expertise des artisans pour créer des œuvres à la fois traditionnelles et contemporaines. Il pixellise, floute et étire les tissus. L'artiste joue même avec la forme du tapis en le déformant pour le transformer jusqu'à le faire sortir de sa fonction primaire. Il va même, sur certains modèles, retranscrire des aberrations chromatiques — des sur-saturations des couleurs par exemple.
Le mélange entre tradition et modernité est un thème récurent chez les créatifs. Dernièrement, les designers studio Transit ont conçu, en collaboration avec des architectes, le funérarium Exit Here. Il en résulte une autre vision de la mort, beaucoup plus rassurante qu'à l'origine.